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Note critique de Armand Dupuy sur UNS

lundi 20 juillet 2009, par Mathieu Brosseau dans la rubrique Notes critiques

« le berger, dans son corps se trouveront les bêtes ».

Après La nuit d’un seul, paru début 2009 chez La rivière échappée, Mathieu Brosseau poursuit son entreprise de remembrement, déjà commencée avec L’Aquatone et Surfaces, journal perpétuel. Le titre de ce nouveau texte semble l’annoncer : il s’agit de rassembler sa pluralité, de l’encercler dans la langue s’il n’est pas possible d’en faire l’inventaire (on se reportera, à ce sujet, à l’entretien avec l’auteur paru sur remue.net, dans lequel on peut lire « Le fait que je fasse unité passe nécessairement par le démantèlement de mon histoire, pour l’analyse, puis dans un second temps par sa restructuration dans un système (autofictif) cohérent. Naît ici une sorte de cosmogonie du soi... ». ) On retrouve donc dans Uns tous les thèmes récurrents du travail de Mathieu Brosseau, mais ce texte, plus que les précédents, est d’une puissance radicale. En effet, Mathieu Brosseau renverse et réinvente l’axe de sa parole : « En français, on ne distingue que trop mal la parole qui passe du cul à la gorge, de l’archaïque au présent contraint. » écrit-t-il. On pensera peut-être aux propos de Georges Bataille lorsqu’il oppose l’axe bouche-oeil du visage humain à l’axe bouche-anus des animaux à quatre pattes. Dans le premier cas, lié à la verticalité, l’axe désigne la bouche en terme de pouvoir d’expression. Dans le second, où l’axe est lié à l’horizontalité de l’animal, la bouche est élément de prise, de mise à mort et d’ingestion de la proie. L’anus en est l’issue. Mais chez Mathieu Brosseau, c’est une sorte de reflux qui s’opère, cela se fait « du cul à la gorge » et non pas dans le sens naturel des choses. Il s’agit de faire retour. Retour à l’animalité. Retrouver, avec et dans la langue, les parts les plus sourdes et les plus insoumises de soi. Ainsi, quand l’axe du langage s’horizontalise, pour aligner la bouche sur les parties basses, celui du temps se redresse : Mathieu Brosseau écrit dans l’épaisseur de tous ses temps. Il confie d’ailleurs dans ce livre « Je lui parle, la modernité m’est impossible. » Ne faut-il pas entendre, dans cet aveu, que nous sommes fondamentalement attachés à quelque chose de bien plus archaïque et instable que l’ici et maintenant. L’écriture de Mathieu Brosseau est une écriture reliée. Elle se fait dans le millefeuille des moments qui la constituent. Toujours prise dans ce paradoxe actif du délitement, de ce qui sépare, divise (La nuit, le démon, etc.) et de ce qui rassemble, unifie. Cette parole habitée (une sorte d’animisme du langage qui semble plus véloce que jamais) fait route comme animal : « Juste au bout de mes doigts : là, dans le prolongement de mes ongles, tous les animaux s’élancent, ils crient sans colère, ils chantent sans musique, < ils sont l’inhumain de mon corps >, seule leur expression est la mienne, seule féroce et complice, ils sont l’inhumain de mes jambes et de mes veines :: :: là, juste au bout de mes doigts, homme libre, tu vivras, tu verras ces animaux relâchés, renards, saumons, pies à tête de buffle, oie à coude serpent, regarde, cet homme à tête de biche, il est un animal , tout ceux-là, tu les verras à toute allure, courant, nageant,... » Une langue à la fois simple et chahutée. Une langue qui spirale et s’invente en se faisant. Relisant Uns , pour rédiger ces quelques lignes, je pensais au peintre Gérard Garouste, à cette cohabitation du classique et l’indien qui lui est chère. Et nous y sommes, c’est dans cette tension que Mathieu Brosseau se situe. Un cocktail de lyrisme, de langue française bien assise, rodée, (même si elle n’est pas apte à faire le trajet comme le note l’auteur) et d’intuition. Un affût, une sensibilité particulière qui défie les codes et cherche sa voie. C’est dans la langue que cela se joue, dans un style proprement jubilatoire. Une langue qui est à la fois le corps meurtri de Saint-Sébastien que l’auteur convoque plusieurs fois (« Ne suis pas Saint Sébastien, lui étant percé par les flèches, je ne le suis que par mon trou sans forme. »), l’homme debout, le guérisseur, et la flèche, tendue, horizontale, animale (axe cul – gorge, toujours), qui attaque, saisi, blesse. La langue de Mathieu Brosseau est une boussole affolée dont le nord est en perpétuel déplacement. C’est en cela que son travail est singulier. Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de littérature gratuite, mais d’un cheminement humain, maintenant retranscrit pour nous.

Armand Dupuy

Voir en ligne : http://www.publie.net/fr/ebook/9782...

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