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Cylindres, Avant-dire

mardi 26 juillet 2011, par Denis Ferdinande dans la rubrique Plexus-S, auteurs invités

La première : simule un foisonnement de phrases antérieures à elle afin de ne pas donner l’impression d’arriver de nulle part, s’y réfèrera longtemps quoiqu’il n’y ait rien encore en leur place, leur inscription est toujours possible, il en est une place, s’effectuera ultérieurement comme antérieures dont elle déclare découler, qu’elle prolonge, et les prolongeant en restitue graduellement des fragments, comme s’il leur était impossible de ne pas resurgir. Étrangement, de tels fragments n’existent pas mais elle s’efforce de se les rappeler, ou alors ils existent dans le futur et c’est ce futur même que l’effort rappelle, comme s’il lui était antérieur. La première : n’est plus, elle dont la présence ne s’est pas effacée toutefois, semble s’étirer encore, parle, ou alors
a) l’un la ventriloque, quiconque, comme s’il n’était qu’elle ici, nulle pour lui succéder mais toutes pour y graviter, et la devenir, l’augmenter, elle seule n’aurait pu tout dire, décidée à parler elle parlera encore, au travers d’autres résonnant se répercutant en d’autres, qu’elle devient comme elles-mêmes la deviennent la prolongeant, toutes ayant fonction ou titre de première dans le cadre restreint* de cet avant-dire attendant la première ;
b) l’autre, quiconque, inscrit telle note sur le carnet n° 4 : « Je crois pouvoir dire « je », l’espace de ce livre, et le croyant, je le dirai. » Mais espacer l’espace, ou le séparer d’une distance infranchissable encore. Puis une seconde note : « Oui la littérature encore, et de nombreuses lettres qui puissent en tenir lieu le cas échéant, soit l’insertion d’une correspondance quelque irréelle qu’elle soit, autour de la correspondance et de l’autre que l’on attend en l’occurrence de correspondre à l’idée de l’autre, à savoir de ne jamais correspondre ne serait-ce qu’au titre de la surprise, or il lui faudra correspondre quand bien même ou alors la correspondance s’effondre.
La littérature encore, un temps contournée comme s’il avait fallu s’écarter ou perdre toute carte d’elle (à moins, et ce serait là l’une de ses cartes, qu’elle ne se déploie toujours bien au-delà de ses cartes, dirigeant tout écart, qu’elle n’ait jamais été quittée par conséquent) afin qu’elle retourne donc retourne, soit l’occasion d’une annonce : elle encore, de retour, s’étendant plus encore, et modifiée par les gestes s’effectuant au-dessus d’elle de l’étendre, qu’elle multipliera. » Seconde note qu’aucune autre encore ne seconde,

se déplace en une quadruple chambre, lui qui simule, et le déclare, n’être personne, ou quiconque, celui seul par lequel les notes arrivent, n’importe qui pourrait être celui qu’il est en cet instant s’il n’est pas déjà trop tard ayant déclaré la simulation, quiconque, se déplaçant en une quadruple chambre comme s’il y cherchait de quoi seconder la seconde, croit entendre telle note, d’une conque, et se retourne, or pas de conque, lui seul, quiconque, ayant entendu cette note qui n’aura été par conséquent qu’un spectre de note : ce qui n’en ôte pas la réalité, un spectre de note réellement se sera fait entendre, il n’y eut pas rien en lieu et place de ce spectre s’il y eut ce spectre. Puis d’autres notes, tout autres, qu’il contourne les entendant, et les entendant en règle et le volume et la langue faisant tourner tel cylindre métallique, il n’y a nul cylindre, l’image mentale pourtant d’un cylindre (tout à l’heure cyclindre), autre spectre, qu’il fait tourner, par lequel se règlent et le volume et la langue, rêvant que ces notes entendues fussent de plus d’une langue dont la traduction, effectuant de courtes pressions sur tel cercle digital à proximité du cylindre, lui serait donnée. Les contourne, ne lui eussent été d’aucun secours, attend d’autres notes, de celui qui les lui souffle s’il est seul s’il n’y a pas plutôt une Agora, en laquelle si l’un souffle l’autre mécaniquement contre-souffle (+ autres, débordant de loin la mécanicité du l’un l’autre, le l’un l’autre en elle n’y suffit pas) or rien n’est plus soufflé ni ne le sera tant que rien ne l’est à ceux qui soufflent dans l’Agora, soit une autre Agora de ceux qui soufflent à ceux qui soufflent, attendant aussitôt elle-même d’être secondée, tierce Agora : « et les autres choses manquent » (trad. M. Grévisse). Il ne sera pas simple de remonter ce dédale d’Agoras, en tout cas sans remonter sa montre et inventant par là-même ce temps de la remontée. Si nul ne remonte. Quitte le dédale pour celui de la quadruple chambre que pas une porte ne sépare, s’y déplace ou déclare s’y déplacer y projetant son double, afin d’y retrouver la haute bibliothèque, d’en parcourir les noms dont certains adossés à d’autres provoquent chaque fois plus d’une étincelle si ce n’est chaque fois plus qu’étincelles — foudre untel foudroyant tel autre ou le réveillant brusquement à son contact —, non qu’à ce titre il eût fallu établir telle combinaison plus réfléchie, suivant ce que l’on suppose être les affinités, auront été disséminés aléatoirement sur les planches, sous l’effet peut-être de quelque précipitation. Et cet aléatoire est préservé afin qu’il fasse son travail ou alors l’inconscient seul lequel n’est pas précisément ici ce qui réordonne, tous se télescopant depuis la mémoire qu’il en subsiste, et sous cette surface une sorte de livre de sourdre, lequel conditionne son regard y compris si celui-ci se détourne de la haute bibliothèque et de toute pensée pour elle. Des phrases résonnent, il n’en est plus de fixité, se déforment, d’autres les prolongent, d’aucun livre : une fenêtre, vers laquelle il se dirige, ou alors dirigé par elle, en contrebas la profondeur d’un jardin, y plonge, zone acrylique, l’alignement de très hauts arbres effectue tel tracé oblique dont la pointe se perd dans la brume froide, l’hiver dans quelques jours, et la nuit qui tombe, (« Ici ça n’est pas la peinture qui imite la Nature mais la Nature qui imite la peinture, sans tout à fait y parvenir enferrée dans les rotations de son cyclindre… », Oct., Øtc., Etc.).

L’heure tourne, le voici accédant à la chambre n° 3 par un couloir aérien dont la vitre opaque laisse percer diverses lueurs nocturnes dont celle d’un phare, aucun son du dehors toutefois n’en pénètre le blindage, qu’il provienne de la marée proche, du vent ou du cri d’un animal céleste. L’heure tourne, alors il s’accapare la table de la chambre n° 3 — cylindre clos — dans l’urgence de ce tournoiement vertigineux de l’heure. Il écrira dans un instant, ayant fait tourner le cylindre afin d’accéder à l’ensemble des couleurs du clavier : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, etc. (Voyelles, A. R.). L’heure tourne, circulation des phrases ayant circulé en lui le jour, lui revenant une à une, n’en distord pas le cercle ni ne l’outrepasse, à peine en règle-t-il la ponctuation à l’instant d’en supposer ici ou là un souffle, ou alors même de l’entendre car cette circulation s’effectue depuis une voix interne, mémoire de telle voix dont le cerveau peut aussi bien restituer le souffle s’il s’y emploie, il n’est ainsi que de transcrire, l’effort se déploie sans relâche semble-t-il sous l’effet de l’heure. Se lève non ne se lève pas, ne lève pas même le regard, l’enfonce au travers de la planéité (ou « plaque ») de l’écran comme s’il en était une profondeur et quelque cercle à y scruter n’existant pas encore. En effet, ayant transcrit l’ensemble des phrases du dernier cercle c’est au cercle suivant qu’il s’agit dès lors de s’attacher (or pas même un mot ne se prononce encore qui serait l’embryon de cet autre cercle). L’attente s’éternise en prise avec la nuit tombée, ne voit pas les voix circulant car retenues en un autre lieu, scrute « sans relâche » cependant comme s’il concentrait en arrière de la « plaque » ces spectres invisibles encore. Puis une séquence se déclenche, une autre, encore une autre, succédées chaque fois par le contretemps de leur vérification et appelant s’il y a lieu une contre-séquence susceptible elle-même d’être contrée (il n’insiste pas outre mesure sur la figure du « contre » comme s’il la contrait à compter de cette heure).

Accède à l’aube, sort de la quadruple chambre empruntant cette fois l’escalator arrière : inspecte l’air compris dans l’étroite cour, chaleur stagnante et moite, l’hiver dans quelques jours, étrangement ce nom ne marque plus depuis bien longtemps la plus infime variation climatique mais il est prononcé encore, circule, comme si se rappelait par lui un souvenir impossible, l’ensemble des archives de l’autre temps ayant été égarées ou détruites dans la période 5972-6013. Brusquement : ne sait pas s’il maintiendra ce futur, s’il y a lieu de s’y propulser encore, se rétracte ? Il est temps encore. Retourne, mais où ça, quel serait le temps ? Lui, quiconque, d’un temps quelconque en une contrée elle-même quelconque où la pluie se déversera dans moins d’une heure, il marche vers la mer ou son phare seul si la mer s’est retirée pour toujours. Sur la plage, des haut-parleurs diffusent en boucle depuis des semaines le Pierrot lunaire de Schönberg, partition de l’orchestre à peine audible, seules les plus hautes notes de la soprano percent la plainte bruyante des vagues ou le souvenir de cette plainte si la mer s’est retirée pour toujours. Décor lunaire. Précisément. Et le soleil qui distille déjà ses mirages : la mer peut se tenir là toujours et ramener du large plus d’une voix. Qu’il y ait mer ou non, murmure-t-il. Qu’il y ait ou non ce murmure, même.

Denis Ferdinande

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